Les Emiratis à la conquête du Maghreb(2007-08-11)
Les Emiratis à la conquête du Maghreb
C'est le rush sur les pays du Maghreb,
longtemps boudés, à l'exemple de l'Algérie, par les investisseurs de la
rive nord de la Méditerranée. Ce sont les opérateurs arabes,
particulièrement émiratis qui semblent nourrir de belles ambitions dans
la région. Il est vrai que le Maghreb est un marché potentiel de près
de 80 millions de consommateurs. Il présente également de nombreux
atouts comme l'accès à la Méditerranée, la proximité de l'Europe, une
main-d'œuvre qualifiée bon marché et la stabilité politique. Il faut
dire aussi que les capitaux arabes ont besoin de destinations sûres
pour leur investissement. En effet, au lendemain des attentats du 11
septembre, des fonds d'investissement arabes ont pâti du gèle imposé
par des Etats-Unis et l'Europe. L'Afrique en général et le Maghreb en
particulier sont devenus donc, une destination des plus privilégiées et
les groupes financiers des Emirats arabes unis (EAU) s'y bousculent.
Des trois pays du Maghreb qui enregistrent une courbe de croissance
ascendante, c'est la Tunisie qui semble bénéficier le plus des faveurs
des investisseurs émiratis. Dans ce sens, Dubaï Holding vient
d'engager 14 milliards de dollars dans un complexe immobilier autour
d'un lac au Sud de Tunis, un méga-projet inauguré en grande pompe
cette semaine par Cheikh Al-Maktoum et destiné à devenir une
"plate-forme internationale de services et d'affaires", selon ses
promoteurs. Sama Dubaï, filiale immobilière du groupe, s'était fait
offrir 830 hectares du domaine public pour ce projet qui générerait
140 000 emplois dans un pays où les diplômés de l'université sont
frappés par le chômage. Dubaï Holding prévoit de porter son
portefeuille à 18 milliards de dollars en Tunisie, en plus de trois
milliards déjà placés sur le marché, selon le président du groupe qui
gère 130 compagnies et 37 000 employés dans le monde. Une de ses
filiales, Tecom-Dig, a réussi à écarter l'an dernier le Français
Vivendi Universal de l'achat de 35% du capital de Tunisie Télécom pour
1,893 milliard d'euros, la plus importante opération de privatisation
jamais réalisée en Tunisie. Sans grandes ressources naturelles, la
Tunisie table désormais sur ces capitaux arabes pour soutenir une
croissance à plus de 6% pendant dix ans. Partenaire de groupes
européens (Mercedes-Benz, Airbus), le président de Dubaï Holding se
dit prêt à la concurrence au Maghreb, traditionnellement lié à l'Europe
par le commerce (80%) et un partenariat à forte connotation culturelle
et socio-économique. "Que le meilleur gagne !", lance-t-il, évoquant
une "meilleure" connaissance du terrain, un produit de qualité et le
"souci de servir les populations". Au Maroc, les Emiratis sont présents
dans le tourisme et les infrastructures. Il serait utile de signaler,
dans ce contexte, que le groupe immobilier de Dubaï Emaar est engagé
sur une dizaine de projets. Les Emirats comptent désormais être en
pointe de l'investissement direct en Tunisie, en Algérie, voire en
Mauritanie, selon M. Al-Gargaoui. Les Emiratis sont également en force
sur le marché algérien avec des projets d'investissement d'environ 33
milliards de dollars sur plusieurs années et qui risquent d'être revus
à la hausse, vu que les Emiratis entendent diversifier leurs
investissements notamment dans la gestion portuaire, l'agriculture, le
tourisme, l'industrie, et l'urbanisme. En 2006 ces investissements
étaient déjà estimés à 10 milliards de dollars. Ainsi Dubaï Port Wolrd
(DPW) est candidate à la gestion de trois ports dont ceux d'Alger et de
Djendjen. Présente dans les trois pays du Maghreb central, la société
Emaar envisage de réaliser plusieurs projets, dont la construction
d'une cité de la santé, la réalisation d'un complexe touristique au
niveau de la plage colonel Abbas (Zéralda), la réalisation d'une cité
technologique de Sidi Abdellah et enfin le réaménagement de la baie
d'Alger. Cette rencontre a permis d'aplanir tous les différends et de
régler certains problèmes, notamment ceux liés au foncier. Néanmoins,
le projet phare du groupe, à savoir Bordj El-Djazaïr (réaménagement de
la baie d'Alger), prévoit le réaménagement et l'agrandissement de la
gare centrale pour accueillir 80 000 voyageurs par jour, la
construction d'un hôtel, d'un centre commercial et de trois tours de
bureaux ainsi que la construction de marinas, d'hôtels de luxe, de
bureaux et d'appartements de haut standing sur le Front de mer. Par
ailleurs, Emaar envisage de réaliser un immense complexe touristique à
Hergla sur la côte-est de la Tunisie. Suivant le flux de capitaux,
Emirates Airlines a obtenu l'ouverture d'un bureau en Tunisie pour
desservir ce pays, via Tripoli (Libye), cinq fois par semaine depuis
octobre 2006. Elle partagera le marché avec Tunisair, compagnie
nationale qui assure deux vols hebdomadaires sur Dubaï. Et les Emiratis
n'entendent pas en rester là. Mohamed Al-Gargaoui, ministre d'Etat
émirati et patron du puissant Dubaï Holding a affirmé récemment qu'ils
souhaitaient consolider leur présence en Afrique du Nord "dans le cadre
d'une stratégie de développement" au profit de la région.
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